Erik Orsenna

Face à vous, danseurs, nous, pauvres humains normaux, je veux dire balourds,
sommes comme devant les oiseaux : plus qu’admiratifs, éblouis ; et envieux à pleurer.

Même pas jaloux, tant votre univers de grâce et de légèreté semble inatteignable.
Nous nous répétons, résignés : Allons, la danse n’est pas pour moi.

Et puis un jour, un soir se produit l’inespéré. Une danseuse, une Alexandra pour être précis, descend de scène et vous fait signe. Vous vous retournez pour être bien certain que c’est à vous qu’elle s’adresse et non à quelqu’un d’autre derrière vous. Rassuré, et plus encore intimidé, vous vous approchez. Alors Alexandra vous tient ce langage : « et si je vous emmenais dans mon royaume ? » Bien sûr, vous ne jouerez pas des bras comme nous. Bien sûr vous ne sauterez pas si haut et ne semblerez pas comme nous ne jamais retomber. Mais la danse entrera dans votre vie. Et comme un amour, elle l’emplira de lumière, d’invention et de liberté.
Vous venez à mon Gala ? Des étoiles vous attendent, semblables à celles qui brillent dans le regard des enfants.

Erik Orsenna
de l’Académie française

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